2/11/14

Gramsci ré-orienté | Le 25e Cahier de Prison à l'épreuve des lectures subalternistes indiennes

Antonio Gramsci ✆ Broca
Livio Boni   |   Mon propos sera ici de tenter un aller-retour entre le texte gramscien concernant la question des « groupes sociaux subalternes » et une série d’usages de la catégorie de subalternité mûris à partir de la fin des années 1970, en particulier dans le contexte indien. Cela non pas pour restaurer une quelconque autorité de la lettre du texte gramscien contre des emplois ou des références parcellaires ou hétérodoxes, car une telle autorité serait imaginaire – c’est-à-dire déjà produite par une certaine orientation de lecture – et stérilisante, dans la mesure où elle prétendrait s’appuyer sur les textes pour réaffirmer une certaine univocité du gramscisme, alors même que ce dernier s’est trouvé puissamment réactivé et remis en jeu par toute une série de réappropriations venant d’horizons fort éloignés de celui de son contexte d’origine. Ceci ne signifie non plus une mise hors-jeu de la pensée ou de la tradition européenne, étant donné qu’une partie consistante de la pensée contemporaine de la subalternité, et plus en général de la réactivation du gramscisme, transite à travers la pensée philosophique européenne. 

Naturellement il est impossible ici ne serait-ce qu’amorcer une cartographie de ce nouveau paysage dessiné par la constellation entre Subaltern/Cultural/Post-colonial Studies, trois courants qui ont en réalité des origines et des trajectoires différentes, mais qu’on a tendance à considérer comme un ensemble, dans la mesure où il se sont en effet articulés et mélangés les uns aux autre dans une sorte de koiné devenue influente dans le discours académique, dans et au-delà du monde anglophone.

Je vais néanmoins proposer un repérage fort schématique en distinguant trois grandes séquences ayant une généalogie politique, intellectuelle et géographique distincte:
 



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