16/3/14

La presse comme appareil d'hégémonie selon Gramsci

André Tosel  |  On doit à deux penseurs marxistes des années 1930 des conceptions critiques concernant la communication et les médias modernes. Il s'agit de Walter Benjamin et d'Antonio Gramsci. La pensée du premier a fait date avec l'essai L 'œuvre d'art à l'âge de sa reproductibilité technique (1 936) qui a ouvert en quelque sorte la critique de la culture développée par Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, les pères de l'École de Francfort. On connaît moins en France l'apport en la matière d'Antonio Gramsci, fondateur du parti communiste italien et l'un des tout premiers philosophes marxistes du XXe siècle, aujourd'hui tombé dans l'oubli.

Théoricien de l'hégémonie et des appareils d'hégémonie à l'âge de la révolution passive qui menace de résorber la rupture révolutionnaire de 1917, Gramsci est capable à la fois d'élaborer une refonte du marxisme,
critique de l'économisme, et du déterminisme des deux Internationales, en proposant une interprétation de Marx en termes de philosophie de la praxis. Celle-ci est inséparable d'analyses différenciées d'une incomparable diversité. Sont ainsi étudiés dans le réseau complexe et inachevé des Cahiers de prison (rédigés entre 1929 et 1936), sous l'égide d'une recherche sur les intellectuels italiens, les thèmes suivants : l'État libéral et post-libéral, les transformations du capitalisme repérées sous la rubrique « fordisme et américanisme », la culture dominante et dominée et ses pathologies, la fonction des intellectuels traditionnels et modernes, la littérature nationale-populaire, la langue et la grammaire dans la même perspective nationale-populaire, le folklore et le sens commun, le journalisme contemporain. Ces thèmes sont pris dans une vision de l'Histoire se faisant au sein de la lutte d'hégémonie entre conception bourgeoise-capitaliste et conception comuniste. La recherche est nourrie d’une vaste cultura historique comparative, instruite en particulier des processus révolucionnaires et contrarévolucionnaires modernes (Réforme, Renaissance, Révolution française, Risorgimento italien, Révolution sovietique, fascismes). Toute la grande philosophie, européenne et italien, est ainsi sollicitée, Hegel, Marx, Croce, Gentile, , les pragmatismes américain et italien, et avec elle sont interrogés les politques et les historiens, Machiavel, les jacobins français, Cuoco, Sorel, de Sanctis, Mosca. Le marxisme de Lénine est ainsi confronté au réductionisme du marxisme-léninisme critiquéen la personne non triviale de Boukharine.



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