2/8/13

Gramsci, la Russie soviétique et la critique du populisme

Domenico Losurdo
1. « Collectivisme de la misère, de la souffrance »

Comme on le sait, la révolution qui fonde la Russie soviétique et qui, contre toute attente, a lieu dans un pays non compris dans les pays capitalistes les plus avancés, est saluée par Gramsci comme la « révolution contre Le capital ». Se gaussant du mécanicisme évolutionniste de la Deuxième Internationale, le texte publié sur Avanti ! le 24 décembre 1917 n’hésite pas à prendre ses distances avec les « scories positivistes et naturalistes » présentes même « chez Marx ». Oui, « les faits ont débordé les idéologies », et donc ce n’est pas la révolution d’octobre qui doit se présenter devant les gardiens du « marxisme » pour obtenir sa légitimation ; c’est la théorie de Marx qui doit être repensée et approfondie à la lumière du tournant historique qui a eu lieu en Russie[1].

Le fordisme: mythe et réalité| L’analyse de Gramsci

Henry Ford ✆ Jerry Breen
John Bellamy Foster  |  Il peut sembler étrange qu’Henry Ford (né en 1863), constructeur automobile des premières décennies du XXe siècle qui mourut en 1947, soit soudain devenu une source profonde de polémiques parmi ceux qui s’intéressent à l’analyse de la crise actuelle de l’économie américaine. Et pourtant, on a assisté, ces dernières années, à l’essor de la légende de cet homme. C’est le fait notamment de penseurs de gauche, qui ont bâti une toute nouvelle mythologie du «fordisme» censée résumer le développement politique, économique, et culturel du capitalisme monopoliste de notre siècle. Ce culte de Ford et de la théorie attachée à son nom n’est nulle part plus évident que dans le dernier livre de Michael Harrington (The Next Left, Henry Holt, New York, 1986). [Michael Harrington est décédé en 1989; après avoir été membre du regroupement de Max Shachtman, il deviendra membre du Parti socialiste d’Amérique et travaille avec l’aile dite gauche du Parti démocrate.