4/8/13

Marx et l’atomisme ancien: la Dissertation de 1841

Jean Salem  |  « S’il est vrai qu’aujourd’hui les conclusions de Marx ne pourraient guère être acceptées dans le détail, sa thèse est d’un très réel intérêt pour qui étudie l’épicurisme... et quiconque étudie l’épicurisme, à la lire, en retirera quelques idées fort éclairantes » : ce jugement de Cyril Bailey, formulé voici soixante ans, conserve à notre sens justesse et actualité. Puissions-nous lui ajouter du crédit, en tâchant de restituer le plan général de l’ouvrage, puis en y étudiant par après deux thèmes particuliers qui sont la théorie des météores et celle de la déclinaison atomique.

La Dissertation de doctorat de Karl Marx, qui fut adressée le 6 avril 1841 à Carl Friedrich Bachmann, doyen de la faculté de philosophie de l’université de Iéna et qui valut à son auteur de goûter les honneurs universitaires, se divise en deux grandes parties:
I. « Différence, au point de vue général, de la la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure » ; II. « Différence, considérée dans le détail, de la la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure ». Après une dédicace à son futur beau-père Ludwig von Westphalen, vivante confirmation, selon Marx, « de ce que l’idéalisme n’est pas une fiction, mais une vérité », l’auteur en vient à invoquer comme en exergue cette superbe parole d’Épicure : « l’impie n’est pas celui qui rejette les dieux de la foule, mais celui qui attache aux dieux les opinions de la foule ». Un peu imprudemment selon Bauer il se risque même, vers la fin de l’« Avant-propos”, à déclarer que « la philosophie [...] fait sienne la profe=ssion de foi de Prométhée : « άπ λόγ τος πάηταϛ χθαίρω θεούς ».